**Le Schisme du Royaume**
Le soleil brûlant de Sichem écrasait la foule rassemblée sous ses rayons impitoyables. Des hommes de toutes les tribus d’Israël s’étaient pressés dans la ville sainte, leurs visages ruisselants de sueur, leurs cœurs emplis d’attente. Roboam, fils de Salomon, devait être proclamé roi ce jour-là, succédant à son père, dont la sagesse avait élevé Israël au sommet de sa gloire. Mais la mémoire du peuple était longue, et les années de labeur sous les lourds impôts et les corvées de Salomon avaient laissé des cicatrices profondes.
Jéroboam, un ancien officier de Salomon, se tenait au premier rang, scrutant l’assemblée d’un regard perçant. Revenu d’Égypte où il avait fui la colère du défunt roi, il sentait l’occasion se présenter à lui. Le peuple murmurait, et ces murmures gonflaient comme les vagues de la mer avant la tempête.
Lorsque Roboam monta sur l’estrade, revêtu des habits royaux, un silence lourd s’abattit sur la place. Les anciens, hommes sages et respectés, s’avancèrent.
— *Ton père a rendu notre joug pesant*, déclara l’un d’eux, la voix tremblante d’émotion contenue. *Si tu allèges maintenant notre servitude, nous te servirons avec fidélité.*
Roboam, jeune et orgueilleux, inclina la tête comme pour réfléchir, mais son cœur était déjà empli de suffisance.
— *Laissez-moi trois jours*, répondit-il. *Je consulterai, puis je vous ferai connaître ma décision.*
La foule se dispersa, mais l’agitation persistait.
### **Le Conseil des Sages et des Jeunes**
Dans les appartements royaux, Roboam convoqua d’abord les anciens conseillers de son père, hommes aux cheveux blancs et aux regards empreints d’expérience.
— *Que me conseillez-vous de répondre à ce peuple ?* demanda-t-il.
— *Si tu deviens aujourd’hui un serviteur pour ce peuple*, répondit l’un d’eux, *si tu cèdes à leur demande et leur parles avec bienveillance, ils seront à jamais tes serviteurs.*
Mais ces paroles de sagesse déplurent à Roboam. Il renvoya les vieillards et fit appel à ses amis d’enfance, jeunes hommes fiers et arrogants comme lui.
— *Que pensez-vous que je doive répondre ?*
Les jeunes gens éclatèrent de rire.
— *Tu dois leur montrer qui est le maître !* s’exclama l’un d’eux. *Dis-leur : "Mon petit doigt est plus gros que les reins de mon père ! Là où il vous a châtiés avec des fouets, moi, je vous châtierai avec des scorpions !"*
Roboam sentit une flamme d’orgueil l’embraser. Ces paroles résonnaient en lui comme une proclamation de puissance.
### **La Réponse Funeste**
Le troisième jour, la foule se rassembla de nouveau, plus nombreuse, plus tendue. Jéroboam, debout parmi les siens, observait chaque mouvement du jeune roi.
Roboam s’avança, le visage durci par la résolution.
— *Mon père a alourdi votre joug ? Moi, je le rendrai plus pesant encore ! Mon père vous a châtiés avec des fouets ? Moi, je vous châtierai avec des scorpions !*
Un frisson parcourut l’assemblée. Puis, comme une étincelle mettant le feu à une plaine sèche, la colère éclata.
— *Quelle part avons-nous avec David ?* cria un homme de la tribu d’Éphraïm. *Nous n’avons rien à hériter avec le fils de Jessé ! À tes tentes, Israël !*
En un instant, la révolte se propagea. Des pierres furent lancées, des cris de trahison retentirent. Roboam, stupéfait, envoya Adoram, son intendant des corvées, pour ramener l’ordre, mais la foule en furie le lapida jusqu’à ce que mort s’ensuive. Le roi lui-même ne dut son salut qu’à une fuite précipitée sur son char, regagnant Jérusalem dans la honte et la peur.
### **Le Royaume Déchiré**
Alors, comme l’avait prophétisé Ahija le Silonite des années auparavant, le royaume fut divisé. Dix tribus firent de Jéroboam leur roi, ne laissant à Roboam que Juda et Benjamin.
Mais Jéroboam, craignant que son peuple ne retourne à Jérusalem pour les sacrifices, forgea deux veaux d’or et les plaça à Béthel et à Dan.
— *Voici tes dieux, Israël, qui t’ont fait monter du pays d’Égypte !* proclama-t-il.
Ainsi commença la grande apostasie du Nord, entraînant le peuple dans l’idolâtrie et la rébellion contre l’Éternel.
Quant à Roboam, il rassembla une armée pour ramener les tribus rebelles par la force, mais le prophète Shemaia lui transmit la parole de Dieu :
— *Ne montez pas ! Ne faites pas la guerre à vos frères ! Car c’est par moi que cette chose est arrivée.*
Et Roboam, contraint d’obéir, rentra à Jérusalem, régnant sur un royaume diminué, tandis qu’Israël sombrait dans l’idolâtrie.
Ainsi s’accomplit la parole de l’Éternel, et le schisme devint une plaie ouverte dans le cœur de son peuple.
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